5 jours dans l’Amazonie – Puerto Maldonado

Puisqu’il est toujours impossible de se rendre en Bolivie, nous sommes en train de découvrir le sud du Pérou. La dernière étape qu’il nous manque est la forêt amazonienne, qui fait frontière avec le Brésil et la Bolivie. Après, il faudra prendre une décision sur la suite du voyage…

Au lieu de passer par une agence, nous avons décidé d’organiser nous-mêmes le voyage, un choix qui nous permettra de gagner 30% du budget. Après tout, il suffit de trouver les bus, un logement et de comprendre sur place comment faire les excursions.

Nous quittons donc Cusco à 20h dans un bus qui n’est pas vraiment adapté pour faire une bonne nuit de dodo (on mettra sur une blacklist la compagnie Palomino). De plus, le chauffeur pense être sur un circuit de rallye et va à toute vitesse. La route est sinueuse et on doit tenir les filles pour qu’elles ne soient pas éjectées de leurs sièges. On arrivera sauves à Puerto Maldonado avec une heure d’avance, à 6h du matin. Quelle nuit d’enfer !

Depuis le terminal de bus, on respire l’air chaud et humide de l’Amazonie, ça change après des mois d’air sec et froid des Andes. C’est pourtant la saison sèche ici, ce qui devrait nous épargner les fortes pluies. L’idée de dormir sans 2-3 couettes en laine, et sans grelotter, nous fait rêver. Nous avons perdu 3600 mètres d’altitude, Antho a hâte de retrouver un sommeil qui ne doit pas jouer avec l’haltitude.

On prend un taxi qui sent fort la weed et on se fait déposer à notre lodge, qui se trouve le long du Rio Tambopata, à 7km de la ville. Le logement de Don Jaime est construit sous une dense végétation de bananiers, palmiers, arbres à cacao, ficus, etc. Ça sent fort l’humidité et la végétation en décomposition. Il y a des poules qui rôdent entre les arbres à la recherche de larves et d’araignées. Le gardien nous permet de rentrer dans le logement même s’il est très tôt. On découvre une pièce sombre et très spartiate, avec des moustiquaires au lieu des fenêtres et une salle de bain littéralement en décomposition. On nous expliquera le jour suivant que, depuis 2 ans, une famille de termites est en train de se nourrir de notre logement ; bientôt, on verra à travers les murs 😅 La douche est froide, mais pour une fois, nous sommes contents de cela tellement il fait chaud. La cuisine partagée est aussi très rustique, ce séjour sera bien roots !

Heureusement que l’espace extérieur est bien meilleur que les logements. À 7m du lodge serpente le Rio Tambopata et, depuis les terrasses d’observation, nous pouvons regarder les bateaux et espérer voir des caïmans sur le rivage.

Nous sommes en dette de sommeil, mais nous décidons de profiter de la journée pour visiter Puerto Maldonado, une ville en croissance considérable depuis que, il y a 15 ans, la nouvelle route qui la lie à Cusco a été créée. La ville est un chaos de bâtiments assez moches bâtis l’un à côté de l’autre, bien qu’il y ait eu la tentative de créer une place arborée pas désagréable. Nous regardons le match République Tchèque – Afrique du Sud dans un resto et profitons d’un énorme bocal de jus de fruits exotiques pour reprendre des forces. Après la visite du marché, étape obligatoire pour comprendre chaque ville, nous revenons au lodge avec un tuk-tuk. Ici, les motos-taxis sont rois, ce qui nous rappelle beaucoup l’Asie.

Ce soir, on se couchera à 19h dans des draps qui sont humides. Pendant la nuit, les singes nocturnes qui vivent dans cette partie de forêt jetteront des noyaux de fruits sur notre toit, ce qui nous fera sursauter à plusieurs reprises.

Le jour suivant, l’humidité est encore plus forte. Après un petit-déj avec bananes frites et jus exotiques, on part avec un guide et 8 autres personnes à la découverte de la forêt amazonienne de l’intérieur. Nous arrivons en bateau au parc national Tambopata. Le guide nous fait traverser 3km de forêt et, pendant ce trajet, nous croisons de petits singes, une mygale avec ses bébés, des perroquets, d’énormes papillons bleus et des arbres impressionnants.

Au bout du chemin, nous montons sur des canoës pour observer les caïmans sur le lac Sandoval. Dès que le guide commence à pagayer, il nous indique des bébés caïmans qui reposent dans l’eau à côté des racines des arbres. Les filles sont tellement contentes. Un peu plus loin, on se rapproche des espèces plus grandes, de 1,5 à 2m de longueur, et cela nous impressionne davantage. C’est assez spécial de se trouver à quelques mètres de ces prédateurs. Aujourd’hui, nous avons énormément de chance, car nous verrons aussi une famille de loutres nager dans le lac ; elles font des bonds comme des dauphins.

On rentre dans une petite crique et le guide donne des miettes à Adele pour qu’elle les lance dans l’eau. Des dizaines de piranhas surgissent à la surface ; apparemment, ce sont de gros gourmands de Petits Beurre !

Une pluie tropicale nous prend de surprise sur le lac, juste avant le déj. La lumière change, on n’entend que le bruit des gouttes, même les filles se taisent.

Repus par un délicieux riz jaune enveloppé dans une feuille de banane (le juane, repas local par excellence), nous reprenons les recherches d’animaux sur le lac. Au retour, on voit plein de tortues qui font bronzette, pendant que les papillons leur lèchent la tête pour récupérer les sels minéraux déposés par l’eau.

9h de balade plus tard, nous rentrons. Le Rio Madre de Dios est magnifique au coucher du soleil, son eau marron devient rose en fin de journée.

C’est l’heure du dîner ! Dans cette région, la nourriture est différente d’ailleurs ; ce soir, on dégustera du poisson local, vraiment trop bon.

Nous nous couchons en craignant que notre ami le singe nocturne nous réveille, mais le destin nous réserve un réveil différent. Un orage tropical se décharge sur la région. Les gouttes résonnent sur les toits d’acier ; dès 4h, tout le monde est réveillé. L’eau remplit le jardin, à un bon 30cm de hauteur. Le toit de notre logement tout pourri a survécu à l’orage, tandis que nos voisins ont vu leur lit se transformer en piscine 🫣

Les filles s’amusent à jouer avec la nièce du propriétaire autour des logements. Elles trouvent toute sorte de fruits tombés des arbres et construisent des cabanes. La petite locale semble à l’aise dans cet environnement, mais nous restons quand même vigilants avec elles, car le guide, hier, nous a bien alertés sur les effets des piûres de certaines sympathiques fourmis 😳

L’après-midi, on part chercher les capybaras et d’autres caïmans. Depuis le bateau, nous voyons des caïmans blancs sur le rivage du fleuve et une famille de capybaras ! Ce n’est pas évident d’en voir, nous avons de la chance. Le guide est un pote de notre hôte, un personnage qui sort d’un livre de survie dans la jungle. Armé d’une machette et d’une lampe torche, il nous explique plein de choses sur les propriétés des plantes et arrive à repérer avec une précision et une vitesse incroyables les animaux autour de nous, même la nuit tombée ! Il nous emmène dans une portion de forêt primaire et nous nous émerveillons devant la hauteur des arbres de noix du Brésil, qui ont 1 500 ans.


Ça aurait dû être notre dernière nuit dans la forêt, mais une famille française que nous avons rencontrée à Arequipa est aussi arrivée à Puerto Maldonado. Nous disons adieu à Don Jaime et déménageons le jour suivant pour dormir dans un lodge à côté. Les cabanes sont bien plus soignées mais n’ont pas de moustiquaires de tous les côtés. Nos amis se trouveront avec un opossum dans la salle de bain et nous avec des grenouilles. Les filles seront trop contentes de jouer avec des enfants qui parlent la même langue, pendant que les adultes se partageront les expériences des dernières semaines.

C’est 9h du soir et nous ne savons pas encore où on ira demain. Nous regardons si ça a du sens de continuer la route dans la forêt et d’atteindre le Brésil, pour ensuite rentrer en Bolivie, mais on découvre que, de l’autre côté de la frontière, les arbres ont été coupés pour faire place aux champs de soja et à l’élevage de vaches… Le paysage n’est pas ouf, donc… C’est à minuit qu’on se décide à revenir à Puno pour ensuite tenter de rentrer en Bolivie, à La Paz. La situation se calme depuis quelques jours, les bus ont recommencé à traverser la frontière. Nous serons parmi les premiers à tenter la traversée.

L’expérience dans la forêt nous a énormément marqués. Les odeurs, les goûts, les animaux, la nature sauvage n’ont rien à voir avec ce qu’on a vu jusqu’à présent. L’hospitalité des gens a été également une belle surprise. On quitte l’Amazonie en nous promettant d’y revenir un jour pour traverser le continent d’ouest en est, puisqu’il y a la route transocéanique qui relie les deux océans.

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