Potosi

1er juillet. Uyuni – Potosí, record battu ! Enfin… c’est ce que doit se dire notre jeune chauffeur de bus à l’arrivée après nous avoir ballottés pendant 4 h dans l’Altiplano bolivien. On a quand même pu profiter un peu des paysages, des grandes plaines avec leurs lamas, alpagas et vigognes, mais quel dingue ! Là où c’est limité à 50, il roule à presque 100. Bref, on arrive bien à l’heure malgré les 30 minutes de retard au départ…

Ah, le départ ? Parlons-en ! On achète les tickets à la gare routière pour un départ à 9 h 30. On nous assure que le bus partira bien à l’heure. À 9 h 45, on nous annonce que, faute de passagers, on doit prendre un bus d’une autre compagnie. Deux minutes plus tard, on nous dit : « C’est tout bon, vous pouvez monter dans le bus ». Tout est normal…
Nous arrivons à Potosí en début d’après-midi après un voyage infernal et une Amelia en furie qui s’est finalement endormie.

La station de bus est animée par les départs des *colectivos*, où chaque client potentiel se retrouve au milieu de personnes qui veulent l’attraper et le tirer par les bras pour le faire monter dans leur taxi. Un brouhaha assez incompréhensible.

Notre chauffeur InDrive nous récupère 15 min plus tard. Super sympa, il nous présente la ville et de bonnes adresses pour goûter à la gastronomie locale. Notre hôtel, le Tukos Casa Real, a même le chauffage et une douche chaude : le luxe après le passage à Uyuni !

Perchée à plus de 4 060 m d’altitude, Potosí est une ville célèbre pour son Cerro Rico que l’on aperçoit en toile de fond. Cette montagne imposante, qui porte à la fois le nom de « montagne riche » mais aussi de « montagne dévoreuse d’hommes », fit la fortune de certains et causa la mort de tant d’autres. L’argent extrait de ses entrailles a fait la gloire et la tragédie de Potosí. Aux XVIe et XVIIe siècles, les filons étaient si massifs qu’on disait, de façon romancée, qu’on aurait pu construire un pont en argent pur entre Potosí et l’Espagne.

Aujourd’hui, l’argent pur est presque entièrement exposé et épuisé, mais il reste extrait sous forme de sous-produit. Lorsque les réserves d’argent ont commencé à s’effondrer au XIXe siècle, c’est l’étain qui a pris le relais et a sauvé la ville de l’abandon complet.
Le zinc et le plomb sont les véritables moteurs de l’économie minière actuelle de la montagne. Les mineurs des coopératives se concentrent aujourd’hui massivement sur ces deux métaux industriels.

On déambule au milieu des ruelles pavées et des églises baroques. La Plaza 10 de Noviembre est le point névralgique incontournable de Potosí, bordée par les plus importants édifices coloniaux de la cité impériale. La ville dégage une certaine richesse. On en profite pour goûter les *tahua tahuas* (récemment classés au patrimoine culturel national). Ça ressemble à de petits beignets rectangulaires, frits et arrosés généreusement de sirop de canne. Le chauffeur nous avait prévenus : « Vous allez devenir loco en goûtant ça avec un bon café ! »
On monte dans la « tour de la Compagnie de Jésus », qui offre un panorama saisissant sur la ville, mais surtout sur le Cerro Rico.

Le soir, on dîne à la Casa de la Jiba (la maison de la bosse), spécialisée dans les brochettes (bosse de zébu, bœuf, porc…) servies avec des pommes de terre. Une tuerie ! Les filles adorent et en redemandent, et nous aussi.

En rentrant vers notre hôtel, on tombe sur le glacier « Vaca Fría », le piège ! Malgré l’altitude et la fraîcheur du soir, on ne résiste pas. D’ailleurs, leur parfum chocolat (suisse ou classique) est très bon !

2 juillet : Journée musées !
Direction la Casa de la Moneda. On a la chance d’avoir une visite guidée privée en français. Cet édifice colonial massif, qui occupe un pâté de maisons entier, était l’endroit où l’Empire espagnol transformait l’argent brut du Cerro Rico en pièces de monnaie prêtes à inonder le monde. On découvre les anciens fours (dont la hauteur sous plafond impressionne), les immenses cours pavées, les collections de pièces de monnaie, les laminoirs géants d’époque en bois et leurs engrenages en chêne pour presser les lingots d’argent grâce à la force des mules et des esclaves. L’ingénierie au service de la richesse espagnole tournait à plein régime. « Ça vaut un Potosí ! » C’est l’expression la plus célèbre au monde concernant la ville. Aux XVIe et XVIIe siècles, la quantité d’argent qui sortait du Cerro Rico était telle que le nom de la ville est devenu synonyme de fortune absolue.

C’est Miguel de Cervantes lui-même qui a popularisé l’expression dans le deuxième tome de Don Quichotte (1615). Pour remercier son fidèle écuyer, Don Quichotte lui dit que si sa récompense était à la hauteur de ses mérites, « les mines de Potosí ne suffiraient pas à le payer ».

Les galeries exposent des chefs-d’œuvre de l’école d’art de Potosí, où les artistes indigènes intégraient discrètement leurs propres symboles sacrés, comme la montagne ou la Pachamama, dans les peintures religieuses catholiques.
Nous recommandons vivement cette visite !

Sur les conseils de notre chauffeur, nous déjeunons à la Casona de la Pascualita, une adresse pépite pour manger de la bonne cuisine bolivienne à un très bon prix. Le petit buffet de légumes nous ravit, car on doit avouer que dans les restaurants, on trouve plus facilement de la viande qu’une bonne assiette de légumes.

L’après-midi, après une bonne pause dans une aire de jeux pour les filles, nous visitons le couvent Santa Teresa, fondé en 1685 par l’ordre des Carmélites. Nous sommes parachutés dans une visite en cours avec des collégiens qui nous regardent comme des aliens et qui demandent même de se prendre en photo avec nous. Il faut dire que depuis que nous sommes en Bolivie, on n’a croisé quasiment aucun Européen. Bref, la visite se poursuit et nous avons la chance d’avoir une guide passionnante qui nous fait découvrir le mode de vie des 21 nonnes. À l’époque de la splendeur de Potosí, les familles richissimes payaient des dots astronomiques en argent pur ou équivalent pour y faire entrer leurs secondes filles, parfois dès l’âge de 15 ans. Une fois la porte franchie, c’était un aller simple : elles ne revoyaient plus jamais la rue et très peu leurs parents (seulement au travers d’un parloir), car ce lieu fonctionnait en clôture stricte. Le couvent offre un contraste saisissant. D’un côté, de magnifiques patios ensoleillés et fleuris ; de l’autre, des cellules communes austères et glaciales, ainsi que des salles exposant les instruments de pénitence et de mortification (fouets…). On y visite également le réfectoire et la cuisine, qui donnent une bonne idée de leur mode de vie. Quelques nonnes continuent d’y vivre.

Le musée expose des toiles majeures de Melchor Pérez de Holguín (le maître de l’école de peinture de Potosí) et d’incroyables pièces d’argenterie qui témoignent de la richesse insolente de la ville à son apogée. Encore une visite que nous recommandons !

Le soir, après avoir erré dans la ville pour essayer de trouver un restaurant sympa, nous atterrissons dans un fast-food de hot-dogs/frites plutôt raté. C’est le dîner du désespoir, comme il y en a parfois quand nous sommes à court d’idées. Et pour finir la journée en beauté : toc, toc, toc, Vaca Fría, nous voilà !

Nous avons décidé de ne pas visiter la mine de Potosí, mais il est indéniable que son histoire continuera de hanter la ville encore pour longtemps.

Le lendemain, nous quittons la ville pour rejoindre Sucre, l’une des plus belles villes de Bolivie paraît-il.

Lascia un commento

Il tuo indirizzo email non sarà pubblicato. I campi obbligatori sono contrassegnati *