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On nous assure que le bus partira bien &#xE0; l&#x2019;heure. &#xC0; 9 h 45, on nous annonce que, faute de passagers, on doit prendre un bus d&#x2019;une autre compagnie. Deux minutes plus tard, on nous dit : &#xAB; C&#x2019;est tout bon, vous pouvez monter dans le bus &#xBB;. Tout est normal&#x2026; Nous arrivons &#xE0; Potos&#xED; en d&#xE9;but d&#x2019;apr&#xE8;s-midi apr&#xE8;s un voyage infernal et une Amelia en furie qui s&#x2019;est finalement endormie. La station de bus est anim&#xE9;e par les d&#xE9;parts des *colectivos*, o&#xF9; chaque client potentiel se retrouve au milieu de personnes qui veulent l&#x2019;attraper et le tirer par les bras pour le faire monter dans leur taxi. Un brouhaha assez incompr&#xE9;hensible. Notre chauffeur InDrive nous r&#xE9;cup&#xE8;re 15 min plus tard. Super sympa, il nous pr&#xE9;sente la ville et de bonnes adresses pour go&#xFB;ter &#xE0; la gastronomie locale. Notre h&#xF4;tel, le Tukos Casa Real, a m&#xEA;me le chauffage et une douche chaude : le luxe apr&#xE8;s le passage &#xE0; Uyuni ! Perch&#xE9;e &#xE0; plus de 4 060 m d&#x2019;altitude, Potos&#xED; est une ville c&#xE9;l&#xE8;bre pour son Cerro Rico que l&#x2019;on aper&#xE7;oit en toile de fond. Cette montagne imposante, qui porte &#xE0; la fois le nom de &#xAB; montagne riche &#xBB; mais aussi de &#xAB; montagne d&#xE9;voreuse d&#x2019;hommes &#xBB;, fit la fortune de certains et causa la mort de tant d&rsquo;autres. L&#x2019;argent extrait de ses entrailles a fait la gloire et la trag&#xE9;die de Potos&#xED;. Aux XVIe et XVIIe si&#xE8;cles, les filons &#xE9;taient si massifs qu&rsquo;on disait, de fa&#xE7;on romanc&#xE9;e, qu&rsquo;on aurait pu construire un pont en argent pur entre Potos&#xED; et l&rsquo;Espagne. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;argent pur est presque enti&#xE8;rement expos&#xE9; et &#xE9;puis&#xE9;, mais il reste extrait sous forme de sous-produit. Lorsque les r&#xE9;serves d&rsquo;argent ont commenc&#xE9; &#xE0; s&rsquo;effondrer au XIXe si&#xE8;cle, c&rsquo;est l&rsquo;&#xE9;tain qui a pris le relais et a sauv&#xE9; la ville de l&rsquo;abandon complet. Le zinc et le plomb sont les v&#xE9;ritables moteurs de l&rsquo;&#xE9;conomie mini&#xE8;re actuelle de la montagne. Les mineurs des coop&#xE9;ratives se concentrent aujourd&rsquo;hui massivement sur ces deux m&#xE9;taux industriels. On d&#xE9;ambule au milieu des ruelles pav&#xE9;es et des &#xE9;glises baroques. La Plaza 10 de Noviembre est le point n&#xE9;vralgique incontournable de Potos&#xED;, bord&#xE9;e par les plus importants &#xE9;difices coloniaux de la cit&#xE9; imp&#xE9;riale. La ville d&#xE9;gage une certaine richesse. On en profite pour go&#xFB;ter les *tahua tahuas* (r&#xE9;cemment class&#xE9;s au patrimoine culturel national). &#xC7;a ressemble &#xE0; de petits beignets rectangulaires, frits et arros&#xE9;s g&#xE9;n&#xE9;reusement de sirop de canne. Le chauffeur nous avait pr&#xE9;venus : &#xAB; Vous allez devenir loco en go&#xFB;tant &#xE7;a avec un bon caf&#xE9; ! &#xBB; On monte dans la &#xAB; tour de la Compagnie de J&#xE9;sus &#xBB;, qui offre un panorama saisissant sur la ville, mais surtout sur le Cerro Rico. Le soir, on d&#xEE;ne &#xE0; la Casa de la Jiba (la maison de la bosse), sp&#xE9;cialis&#xE9;e dans les brochettes (bosse de z&#xE9;bu, b&#x153;uf, porc&#x2026;) servies avec des pommes de terre. Une tuerie ! Les filles adorent et en redemandent, et nous aussi. En rentrant vers notre h&#xF4;tel, on tombe sur le glacier &#xAB; Vaca Fr&#xED;a &#xBB;, le pi&#xE8;ge ! Malgr&#xE9; l&#x2019;altitude et la fra&#xEE;cheur du soir, on ne r&#xE9;siste pas. D&#x2019;ailleurs, leur parfum chocolat (suisse ou classique) est tr&#xE8;s bon ! 2 juillet : Journ&#xE9;e mus&#xE9;es ! Direction la Casa de la Moneda. On a la chance d&#x2019;avoir une visite guid&#xE9;e priv&#xE9;e en fran&#xE7;ais. Cet &#xE9;difice colonial massif, qui occupe un p&#xE2;t&#xE9; de maisons entier, &#xE9;tait l&rsquo;endroit o&#xF9; l&rsquo;Empire espagnol transformait l&rsquo;argent brut du Cerro Rico en pi&#xE8;ces de monnaie pr&#xEA;tes &#xE0; inonder le monde. On d&#xE9;couvre les anciens fours (dont la hauteur sous plafond impressionne), les immenses cours pav&#xE9;es, les collections de pi&#xE8;ces de monnaie, les laminoirs g&#xE9;ants d&#x2019;&#xE9;poque en bois et leurs engrenages en ch&#xEA;ne pour presser les lingots d&#x2019;argent gr&#xE2;ce &#xE0; la force des mules et des esclaves. L&#x2019;ing&#xE9;nierie au service de la richesse espagnole tournait &#xE0; plein r&#xE9;gime. &#xAB; &#xC7;a vaut un Potos&#xED; ! &#xBB; C&rsquo;est l&rsquo;expression la plus c&#xE9;l&#xE8;bre au monde concernant la ville. Aux XVIe et XVIIe si&#xE8;cles, la quantit&#xE9; d&rsquo;argent qui sortait du Cerro Rico &#xE9;tait telle que le nom de la ville est devenu synonyme de fortune absolue. C&rsquo;est Miguel de Cervantes lui-m&#xEA;me qui a popularis&#xE9; l&rsquo;expression dans le deuxi&#xE8;me tome de Don Quichotte (1615). Pour remercier son fid&#xE8;le &#xE9;cuyer, Don Quichotte lui dit que si sa r&#xE9;compense &#xE9;tait &#xE0; la hauteur de ses m&#xE9;rites, &#xAB; les mines de Potos&#xED; ne suffiraient pas &#xE0; le payer &#xBB;. Les galeries exposent des chefs-d&#x2019;&#x153;uvre de l&rsquo;&#xE9;cole d&#x2019;art de Potos&#xED;, o&#xF9; les artistes indig&#xE8;nes int&#xE9;graient discr&#xE8;tement leurs propres symboles sacr&#xE9;s, comme la montagne ou la Pachamama, dans les peintures religieuses catholiques. Nous recommandons vivement cette visite ! Sur les conseils de notre chauffeur, nous d&#xE9;jeunons &#xE0; la Casona de la Pascualita, une adresse p&#xE9;pite pour manger de la bonne cuisine bolivienne &#xE0; un tr&#xE8;s bon prix. Le petit buffet de l&#xE9;gumes nous ravit, car on doit avouer que dans les restaurants, on trouve plus facilement de la viande qu&#x2019;une bonne assiette de l&#xE9;gumes. L&#x2019;apr&#xE8;s-midi, apr&#xE8;s une bonne pause dans une aire de jeux pour les filles, nous visitons le couvent Santa Teresa, fond&#xE9; en 1685 par l&#x2019;ordre des Carm&#xE9;lites. Nous sommes parachut&#xE9;s dans une visite en cours avec des coll&#xE9;giens qui nous regardent comme des aliens et qui demandent m&#xEA;me de se prendre en photo avec nous. Il faut dire que depuis que nous sommes en Bolivie, on n&rsquo;a crois&#xE9; quasiment aucun Europ&#xE9;en. Bref, la visite se poursuit et nous avons la chance d&#x2019;avoir une guide passionnante qui nous fait d&#xE9;couvrir le mode de vie des 21 nonnes. &#xC0; l&rsquo;&#xE9;poque de la splendeur de Potos&#xED;, les familles richissimes payaient des dots astronomiques en argent pur ou &#xE9;quivalent pour y faire entrer leurs secondes filles, parfois d&#xE8;s l&rsquo;&#xE2;ge de 15 ans. Une fois la porte franchie, c&rsquo;&#xE9;tait un aller simple : elles ne revoyaient plus jamais la rue et tr&#xE8;s peu leurs parents (seulement au travers d&#x2019;un parloir), car ce lieu fonctionnait en cl&#xF4;ture stricte. Le couvent offre un contraste saisissant. D&rsquo;un c&#xF4;t&#xE9;, de magnifiques patios ensoleill&#xE9;s et fleuris ; de l&rsquo;autre, des cellules communes aust&#xE8;res et glaciales, ainsi que des salles exposant les instruments de p&#xE9;nitence et de mortification (fouets&#x2026;). On y visite &#xE9;galement le r&#xE9;fectoire et la cuisine, qui donnent une bonne id&#xE9;e de leur mode de vie. Quelques nonnes continuent d&#x2019;y vivre. Le mus&#xE9;e expose des toiles majeures de Melchor P&#xE9;rez de Holgu&#xED;n (le ma&#xEE;tre de l&rsquo;&#xE9;cole de peinture de Potos&#xED;) et d&rsquo;incroyables pi&#xE8;ces d&rsquo;argenterie qui t&#xE9;moignent de la richesse insolente de la ville &#xE0; son apog&#xE9;e. Encore une visite que nous recommandons ! Le soir, apr&#xE8;s avoir err&#xE9; dans la ville pour essayer de trouver un restaurant sympa, nous atterrissons dans un fast-food de hot-dogs/frites plut&#xF4;t rat&#xE9;. C&#x2019;est le d&#xEE;ner du d&#xE9;sespoir, comme il y en a parfois quand nous sommes &#xE0; court d&#x2019;id&#xE9;es. Et pour finir la journ&#xE9;e en beaut&#xE9; : toc, toc, toc, Vaca Fr&#xED;a, nous voil&#xE0; ! Nous avons d&#xE9;cid&#xE9; de ne pas visiter la mine de Potos&#xED;, mais il est ind&#xE9;niable que son histoire continuera de hanter la ville encore pour longtemps. Le lendemain, nous quittons la ville pour rejoindre Sucre, l&#x2019;une des plus belles villes de Bolivie para&#xEE;t-il.</description></oembed>
