Medellin

3 août. Après avoir traversé la magnifique région caféière en bus, changement d’ambiance : nous arrivons à Medellín, petite bourgade de 5 millions d’habitants où l’on retrouve rapidement l’intensité des grandes villes colombiennes. Embouteillages, motos, taxis, vendeurs ambulants, ça fourmille de partout et l’activité bat son plein.

Ayant passé l’Équateur, le thermomètre commence à grimper sérieusement et les grands ventilateurs font leur apparition dans les Airbnb, les églises, les stations de bus…

Nous logeons au nord-ouest de la ville, près du quartier de Laureles, au bord de la Calle 80. À première vue, ça ne paie pas de mine, c’est très bruyant, mais en explorant les environs à la tombée de la nuit avec pour objectif de remplir le frigo, on se rend compte que c’est plutôt agréable et calme avec ses commerces, ses petits restaurants de quartier et sa street food.

Le lendemain, nous prenons le métro pour rejoindre le quartier de La Candelaria, centre-ville historique et bouillonnant de Medellín. C’est ici que se trouve le musée d’Antioquia, sur la Plaza Botero, où trônent 23 immenses sculptures de l’artiste. On slalome entre les vendeurs ambulants et quelques âmes en peine. Il faut dire qu’il règne une ambiance assez étrange dans cette zone, où l’on se sent moyennement sereins. Pour la première fois du voyage, je range ma Garmin dans la poche.

Une fois les portes de l’élégant bâtiment Art déco franchies, le contraste est saisissant. Le brouhaha de la rue laisse place au calme et on a pris le temps de déambuler à notre rythme au milieu des toiles colorées et voluptueuses du maître colombien, mais aussi des œuvres de Pedro Nel Gómez, Helen Frankenthaler (Camino de Reyes), Roberto Maya (Los furores del espíritu). Une superbe parenthèse culturelle avant de replonger dans l’effervescence de la rue.

Nous en profitons pour visiter le centre culturel situé juste en face, avec son étonnante architecture néogothique et sa façade en damier noir et blanc. Il abrite aujourd’hui l’Institut de Culture et du Patrimoine d’Antioquia. On s’installe dans la bibliothèque où se trouvent des jeux pour enfants.

On s’éloigne ensuite un peu du brouhaha du centre-ville pour rejoindre le quartier plus tranquille de Manila et déjeuner au Vegan & Veggie. C’est simple et bon. Le monde est petit, dit-on, car on retrouve un sympathique voyageur que l’on avait croisé à Puno un mois plus tôt, et qui a traversé l’Équateur pendant que nous étions en Bolivie.

On se promène ensuite dans la ville en direction du quartier de Ciudad del Río où l’on retrouve un collègue de Linda, ainsi que sa compagne, qui vivent à Medellín. Une soirée très sympathique pour discuter et en apprendre davantage sur la ville et la vie en Colombie.

5 août, journée musées. On commence par le Museo Casa de la Memoria situé dans le Parque Bicentenario. Créé en 2006, le musée retrace l’histoire mouvementée de la ville au travers de témoignages des victimes du conflit armé colombien, du narcotrafic et des violences urbaines. « Pour que cela ne se reproduise plus » (Para que no se repita). L’exposition est interactive, avec beaucoup de vidéos, de bandes-son ainsi que des témoignages oraux ou écrits. Le conflit a duré de 1964 à 2016 et a fait plusieurs millions de victimes.

Au rez-de-chaussée, il y a une exposition sous forme d’illustrations dédiée aux migrants dans le Bouchon du Darién. Il s’agit d’une jungle dense et marécageuse d’environ 575 000 hectares située à la frontière entre la Colombie et le Panama. C’est l’unique zone où la route panaméricaine (qui relie l’Alaska à l’Argentine) s’interrompt. Au cours de la dernière décennie, cette région s’est transformée en l’un des couloirs migratoires les plus dangereux et les plus fréquentés au monde pour les personnes cherchant à rejoindre l’Amérique du Nord. Les filles posent beaucoup de questions et peinent à comprendre pourquoi, parfois, des enfants doivent traverser la jungle pour fuir leur pays…

Après l’histoire et la mémoire, on avait envie de plonger dans le Medellín d’aujourd’hui, celui qui bouillonne et se réinvente. Cap sur le quartier de Ciudad del Río pour découvrir le Musée d’art moderne de Medellín (le MAMM pour les intimes). Le lieu à lui seul raconte la transformation de la ville : c’est une ancienne usine sidérurgique en briques rouges. À l’intérieur, on découvre différentes expositions sur le thème « Corps, territoire et souveraineté ».

Une vidéo attire particulièrement les filles : on y voit un homme câliner le poisson qu’il vient de pêcher pour l’accompagner dans la mort. Il s’agit de traditions indigènes que l’on retrouve dans certaines régions d’Amérique latine.

On découvre également d’autres œuvres  :

 La luz, el fuego y la ceniza (La lumière, le feu et la cendre) : une réflexion sur les processus de production alimentaire.

 El susurro del barro (Le murmure de l’argile) : un projet immersif de l’artiste Gemma Luz Bosch centré sur la céramique, dans lequel on peut écouter le bruit de différentes sculptures en terre cuite.

« La via lactea » de Luz Lizarazo, qui fait un beau parallel entre le corps de la femme et le territoire.

Les étages supérieurs offrent de belles vues sur la ville qui semble être en plein chantier de modernisation.

Medellín nous aura surpris à bien des égards ; cette ville a indéniablement un caractère particulier qui mérite que l’on s’y attarde, même si l’on ne se sent pas toujours pleinement en sécurité. Nous qui aimons traverser les villes à pied, on a dû parfois se résigner à prendre des taxis pour faire quelques kilomètres…

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