Ushuaia, petit, j’entendais ce mot exotique à la télévision lors de la diffusion de l’émission hebdomadaire éponyme présentée par Nicolas Hulot. Des paysages de rêve qui ont façonné un imaginaire d’enfant, ouvrant des portes vers des mondes inconnus.
Une trentaine d’années plus tard, l’imaginaire se transforme en réalité lorsque notre avion débute sa descente au dessus des sommets enneigés. Buenos Aires-Ushuaia se fait en 3h, pendant que les filles ont été l’attraction des passagers: des touristes chinois sont venus jouer avec elles à tour de rôle.
La météo clémente accompagnée de cette lumière d’automne illumine chaleureusement les toits de la ville qui a l’air bien plus étendue que ce que j’imaginais. Demain par contre on se réveillera avec la neige. Ici pendant toute l’année les températures sont entre zéro et dix degrés. Actuellement nous sommes en automne et les premières neiges commencent à tomber. Dans quelques mois tout sera blanc et la saison du ski de fond commencera.

Le nom Ushuaia trouve son origine dans la langue des indigènes Yagans, premiers habitants de la région, composé de Ush (au fond) et de Waia (Baie), une évidence géographique pour cette ville nichée au fond du canal de Beagle. Située en Patagonie, à l’extrême sud de l’argentine, la ville n’est qu’à 1200km de l’Antarctique et est le point de départ des croisières d’expédition qui traversent le passage de Drake…

La ville connaît une croissance démographique importante depuis les années 2000 passant de 40000 habitants à plus de 80000 aujourd’hui.
Linda nous a dégoté un appartement idéalement situé dans l’avenue principale (san Martin) proche des commerces avec baie vitrée agréable que les filles apprécient particulièrement pour rêvasser. Il y a une vraie cuisine, on va finalement pouvoir cuisiner de bons repas!

25 avril, nous partons découvrir les alentours sous quelques flocons de neige, le contraste avec la chaleur de Buenos Aires est assez brutal mais nous sommes bien équipés. Les filles sont heureuses de voir les montagnes qui surplombent cette ville et de faire des bonhommes de neige. Beaucoup de constructions en cours dans cette ville en transformation, des enseignants ont établi un campement de quelques palettes, une tente et des feux de bois pour manifester. (Elle est bien la fête dira Amelia). Nous en profitons pour acheter les tickets de bus pour le départ ainsi que les tickets pour aller voir les… manchots. Après plusieurs informations contradictoires et un ascenseur émotionnel, il semblerait qu’il y ait bien une colonie permanente de manchots papous à quelques heures d’ici…
Première sieste des filles, moment idéal pour chiller et écrire un peu dans le calme.
26 avril
Le soleil est de retour, la température est de 3-4 degrés, petite balade matinale dans la réserve naturelle Bahia Encerrada, spot idéal pour prendre quelques clichés, la ville en arrière plan.
L’après midi est entièrement dédié à la rencontre avec les manchots. Nous avions réservé avec la compagnie Onashaga. 1h30 de minibus pour rejoindre le petit village de pêcheurs de Puerto Almanza après avoir traversé des forêts chaotiques de Lenga (hêtre de la terre de feu) dans lesquelles on aperçoit quelques cabanes/habitations faites parfois en tôle. Je m’imagine dans l’une d’elle au coin du feu, derrière une baie vitrée vue sur le canal en train de rêvasser ou de lire Walden.
Gants, bonnets, vestes chaudes, c’est bien équipé que nous montons dans le zodiac en compagnie d’une dizaine d’autres touristes, et c’est parti pour 30 minutes de navigation dans le canal de Beagle en direction de l’île Martillo. Cette île d’environ 32 hectares aussi connu sous le nom de Yecapasela en langue Yagane, signifie « rocher sonore » est célèbre pour être l’un des rares endroits au monde où l’on peut observer d’importantes colonies de manchots…

En s’approchant de l’île, je suis aussi émerveillé que les filles lorsque je distingue au loin quelques petites silhouettes noires et blanches sur la plage. Le zodiac se rapproche à quelques mètres des fameux manchots papous dont nous parlons à Adèle et Amelia depuis plusieurs mois…un moment magique. Nous les observons pendant de longues minutes. Ils mesurent environ 70-90 cm, et ont une bande blanche d’un œil à l’autre et un joli bec orange. Je devine le bonheur dans le regard des filles « c’est la meilleure des meilleures journées de tout le voyage »… 
27,28,29 avril sont consacrés à 3 journées complètes de randonnée.
Le Parc de la terre de feu, qui se trouve à la fin de la « Routa 3 ».
Nous avons fait le parcours le long du Canal Beagle jusqu’au lac Roca. Nous sommes passés par le mythique bureau de poste du bout du monde (fermé en ce moment). La balade nous a fait marcher un total de 12km.
Info pratique pour les futur voyageurs: pour aller au parc soit vous prenez les navettes qui sont à la gare des bus (avec horaires fixes) soit vous y allez en Uber. Dans ce dernier cas, pour le retour vous pouvez tenter votre chance avec un taxi ou vous prenez un café au centre des visiteurs de Alakush pour avoir du wifi. Dans le parc il n’y a pas de réseau. L’option Uber est la moins chère. Autre détail intéressant: le parc en automne est très boueux, il faut se préparer à faire que du 2-3 km/h.

Le glacier Martial:
Nous avons débuté la randonnée de chez nous en économisant donc le taxi. L’entrée est payante, ce qui est un peu abusé, puisque il s’agit de marcher le long des pistes de ski (recouvertes de boue en Avril) et n’avoir aucun balisage. En Avril la neige a déjà commencé à tomber, et pour arriver à fin parcours il faut des crampons. Puisque nous en étions dépourvus, nous nous sommes arrêtés au premier « mirador ». D’autant plus qu’Amelia avait les pieds congelés et se plaignait du froid, la pauvre.
13km au compteur, Adèle a une fois de plus marché avec le sourire.

La Laguna Esmeralda:
Nous sommes arrivés au départ en navette depuis la gare des bus. Les départ se font à 9h et 10h, les retours à 15h ou 17h.
Cette randonnée a été de la boue du début à la fin. Puisque nous sommes partis en voyage avec une seule paire de chaussures, à l’aller nous avons essayé de limiter les dégâts. Mais bon, la situation devenant tellement ingérable, nous avons tracés les pieds dans la boue, de quoi bien les baptiser pour la suite. Pour cette randonnée il est préférable d’être bien équipé et d’être prêt mentalement, car c’est salade de racines et d’obstacles au menu. Un bon parcours de remise en forme et d’équilibriste… Heureusement que la vue des paysages fut une récompense digne d’autant d’effort.

Apres 3 jours de marche on est rincés mais heureux d’avoir vu ces belles forêts, marché dans la boue jusqu’au oreilles (un grand plaisir surtout pour les filles) d’avoir vu des arc en ciel, ressenti le froid, mangé des sandwiches maisons, observé des rapaces peu farouches et même un barrage de castor !
La lumière de ce côté de la planète est toujours chaude, pale, mêlant l’orange et le jaune, associée aux reflets des montagnes sur les lacs remplissent ces lieux d’un irrésistible charme. Nous rentrons chaque soir comblés par toute cette nature.
Au fil des rando’ nous avons appris également un peu plus sur la vie des Yagans (Yàmanas). Ce peuple nomade se déplaçait dans les chenaux de la région à bord de canoés. A la fois chasseur et pêcheur, on peut imaginer la dureté de leur vie vue les conditions…
Il va être temps de dire bye bye à Ushuaia et à l’Argentine car le 30 Avril, notre bus en direction de Punta Arenas au Chili partira à 3h du matin pour un long voyage de 11h au travers de la steppe Patagonienne en passant par le mythique détroit de Magellan que nous avons particulièrement hâte de voir grâce aux récits de Zweig.
