Nous quittons La Serena quand enfin le soleil fait son retour. Nous avons opté pour un bus salon cama pour avoir le plus de confort possible pour affronter les 15 heures de trajet nocturne qui nous attendent (16 h – 7 h).
Le trajet passe assez rapidement et on arrive à l’heure à Calama. Il est 7 h du matin, on a la tête dans le cul et on se retrouve dans le minuscule terminal de bus de Calama, qui est totalement sous-dimensionné par rapport à la quantité de gens qui arrivent chaque jour. Comme rituel, une dizaine de taxis nous proposent leurs services, que nous refusons, Uber étant moins cher. Nous arrivons à l’aéroport de Calama où nous attend notre SUV de location, avec lequel on explorera le désert. On fait un petit stop pour faire les courses et acheter surtout de gros packs d’eau, car l’eau à San Pedro de Atacama est potable mais contient un niveau très élevé d’arsenic et personne ne la boit.
Avant de prendre la direction de San Pedro, nous allons visiter Chiu Chiu, un village qu’une dame sur la plage de La Serena nous a conseillé. Il se trouve dans le désert et a été construit le long d’une rivière qui coule dans un petit canyon. On y trouve la plus ancienne église du Chili, qui date du XVIe siècle. Le sacristain de l’église s’approche de nous et partage avec nous quelques informations. C’est une église qui a été construite pour les indigènes lorsqu’ils ont été colonisés. Nous sommes très surpris par sa porte en bois de cactus (pièce unique au Chili). Là où il y avait des épines, il y a maintenant des trous. Cela crée de beaux dessins et laisse passer l’air dans la bâtisse. Dans une région désertique où il ne pleut jamais, les trous dans les portes ne sont pas un souci. La chaleur est un problème plus conséquent, qui a été résolu avec des murs de 1 mètre d’épaisseur (et nous confirmons que cela marche bien, on avait presque froid).
C’est notre première rencontre avec la chaleur du désert. Le soleil brûle la peau et sèche tout. Rien à voir avec les 85 % de taux d’humidité de La Serena puisqu’ici, on est plus autour des 25 %. Les gens du village arrosent les rues chaque matin pour éviter d’avoir trop de poussière dans l’air. On admire la façade de chaux blanche de l’église, abrités sous une plante.
Sur la route vers San Pedro de Atacama, nous sommes surpris par des choses un peu macabres, voire inquiétantes. D’abord, voir deux cimetières de chiens en plein désert. Au premier abord, on pensait à une décharge, mais en s’approchant, nous avons vu des niches et des croix disséminées sur des collines (paysage très étrange). Petite parenthèse : au Chili, il y a énormément de chiens errants le long des routes, et les gens en possèdent aussi. Ils sont tous en bonne santé et, jusqu’à présent, toujours pacifiques. Tout le monde s’occupe d’eux avec de la nourriture ou des caresses.
Mais la chose la plus choquante sur la route est la quantité de petits mausolées créés en souvenir de ceux qui sont morts au volant. Souvent, il y a la photo du défunt et parfois la carcasse de la voiture exposée avec des fleurs, etc. Cela sera une constante le long de toute la vallée, ainsi que dans les jours suivants. Un rappel pour nous d’être prudents au volant.
Les 85 km qui séparent Calama de San Pedro se font dans un paysage désertique. Sans vraiment s’en rendre compte, nous passons un col à 3 400 m d’altitude. Combiné à la nuit dans le bus, nous sommes un peu somnolents. Le processus d’acclimatation commence. Deux guanacos nous font coucou au bord de la voie. Quelle belle surprise ! Ensuite, la route redescend rapidement et les portes de la vallée s’ouvrent. On ne vous spoile pas trop, mais l’arrivée à San Pedro est à couper le souffle !
On passe entre les canyons nous arrivons en ville. Tout est rougeâtre, couvert de cette poussière qui rentre dans les narines et qui accompagnera notre séjour. Notre hostel, Ckamai, est au nord, dans un quartier tranquille. Les propriétaires, Cecila et Carlos, ont créé avec soin 3 chambres avec cuisine partagée. Il y a une cour intérieure et des chats. Les filles sont hyper contentes de ce logement. Carlos, nous montre tout de suite son kit contre le mal d’altitude : feuilles de coca et chachacoma à prendre en infusion. Nous les remercions pour leur super accueil et hospitalité, Cecila a même sorti une cuisine pour les filles, parfait pour jouer au « Restaurant » qu’Adèle aime beaucoup !
Pour ce soir, les infusions attendront. Nous préférons faire un bon dodo pour récupérer des forces.
Le 16 mai, nous achetons en ligne les tickets pour la vallée de la Luna. Située à une dizaine de minutes en voiture de San Pedro, c’est notre première vraie incursion dans le désert. Nous avons la chance d’observer un « zorro », le renard andin, lors d’un arrêt improvisé le long de la route.

Chaleur sèche, paysage lunaire, vastes dunes et crêtes sont au programme, avec un mirador offrant des vues lointaines sur les sommets et les frontières environnantes. Le sentiment d’immensité et d’infini est bien là! Les filles aiment rejoindre les quelques cabanes-abris installées le long du sentier.
La visite est très bien rodée, un peu de voiture sur la piste, deux ou trois petites randonnées. Les filles marchent bien et sont étonnées par ces nouveaux paysages, mais aussi de voir les vestiges d’une ancienne mine de sel. On s’imprègne de ces formations rocheuses d’argile, de gypse et de sel sculptées par l’érosion du vent et de l’eau.
L’après-midi devait être consacré à la vallée de la Mort, mais sur un coup de tête, Linda propose d’aller voir les flamants roses à la laguna Chaxa. On fait tout dans la précipitation, réservation des tickets, calcul de l’itinéraire…et moment de panique car google nous indique plus de 160 km alors qu’on avait vu 60 km et que Gemini nous indique 63 km…Entre temps, j’ai pris les billets en tant que Chilien et non étranger. C’est la panique à bord de la voiture, on insulte l’IA au passage. On contacte le ticket office de la laguna Chaxa par WhatsApp pour tenter de rattraper la situation… En revérifiant l’itinéraire, il semble y avoir une option de 60km… le GPS était perdu. On décide de suivre cette route qui, finalement nous mènera bien à la laguna Chaxa après une heure de trajet. Le gardien à l’entrée nous indique tout tranquillement qu’il n’y a pas de problème pour les tickets, que l’on peut faire la visite et payer la différence en sortant.
Bien nous en a pris de venir ici car les flamants roses sont bien là, occupés à manger leurs crevettes dans leur oasis d’eau salée, totalement indifférents aux touristes venus les photographier. La laguna Chaxa est située dans le salar d’Atacama (le plus grand désert de sel du Chili, qui s’étend sur près de 3000 kilomètres carrés). Il s’agit d’un système de lagunes peu profondes séparées par des croûtes de sel. La surface calme de l’eau agit comme un miroir naturel, reflétant le ciel et les sommets volcaniques environnants. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur les différents types de flamants roses (du Chili, des Andes, de James) et de jouer à les reconnaître.


Nous reprenons la route avec le coucher de soleil pour horizon, ivres du désert.
Le 17 mai, visite de la vallée de l’arc-en-ciel (Valle del Arcoiris), un site géologique fascinant dans lequel on peut se promener entouré de collines et de falaises teintées de rouge, vert, violet, jaune et brun. Un vrai festival de couleurs dû à la forte concentration en minéraux, sels et argiles oxydés au fil des millénaires. Spectaculaire ! On y passera deux bonnes heures en compagnie des lamas. Nous sommes très excités de les voir d’aussi près, en communauté.

C’est aussi pour nous l’occasion de poursuivre notre acclimatation avec des passages à 3400m d’altitude. L’objectif est de préparer toute la famille pour le trajet en bus Arica – La Paz, qui passe par un col à plus de 4600m sur les hauts plateaux de la Bolivie. Nous avons même l’oxymètre pour tester notre concentration en oxygène.
Retour à San Pedro pour visiter la ville et déguster une bonne tortilla et goûter la cazuela de Vacuno, l’un des plats traditionnels, familiaux et emblématiques de la gastronomie chilienne. Il s’agit d’un ragoût ou d’une soupe très copieuse, riche et réconfortante, préparée à base de bouillon de bœuf (vacuno) et de légumes servis en gros morceaux.
Le 18 mai, gros morceau au programme avec un double objectif: s’acclimater autour des 4300m et voir les geysers du Tatio à 2h30 de voiture. Encore des paysages incroyables, avec de la végétation cette fois et de l’eau, et surtout des vigognes, que nous croiserons toute la journée pour notre plus grand plaisir. La deuxième partie du trajet se fait sur une piste en piteux état, on roule à 30 km/h, ça secoue dans tous les sens, mais on s’amuse. On arrive aux fameux geysers vers 14h et là, c’est la douche froide. La gardienne nous indique que le site n’est pas accessible aux enfants de moins de 8 ans (depuis 2 mois, ils ont entrepris des travaux pour sécuriser la zone). De plus, vu l’heure, l’activité des geysers est très faible (ce à quoi on s’attendait un peu car tous les guides indiquent de partir très, très tôt le matin). Chou blanc ! On aperçoit quand même quelques fumerolles au loin, mais nous décidons de ne pas aller plus loin. Peu importe, l’après midi à 4400m s’est très bien déroulé, on a passé une excellente journée et sommes rassurés pour la suite de l’aventure.
Nous avons adoré ces 5 jours dans le désert ! Comme dirait Christophe, la machine a souvenirs tourne à pleine régime…


