9 août, c’est parti pour notre dernier gros voyage en bus de nuit. Nous quittons l’agréable ville de Guatapé en fin d’après-midi pour rejoindre Medellín 3 h plus tard. On dîne à la station de bus d’un traditionnel riz-poulet comme l’on en trouve partout dans ce genre d’endroits. C’est très vivant mais il y a beaucoup moins de rabatteurs qu’au Pérou. Nous montons ensuite dans le bus de la compagnie Expreso Brasilia en direction de Mompox, située à plus de 600 km au nord. Cette fois, nous avons préparé un équipement digne d’un bus de nuit en Colombie, à savoir : les mêmes affaires que pour aller trekker à plus de 4 000 m d’altitude au Népal 🙂
Le trajet dure 11 h 30 environ et offre une métamorphose spectaculaire des paysages colombiens, passant des montagnes fraîches des Andes aux grandes plaines tropicales et marécageuses de la région Caraïbe. L’altitude chute progressivement jusqu’au niveau de la mer. La température extérieure augmente nettement, les montagnes s’effacent pour laisser place à de vastes plaines d’élevage, bordées de palmiers et d’une végétation tropicale dense.

Nous arrivons au petit matin après une assez bonne nuit. Il faut dire que c’est notre huitième bus de nuit et que l’on commence à s’habituer.
Mompox mérite bien sa réputation de ville la plus chaude de Colombie, car à peine sortis du bus, on se prend une bonne vague de chaleur. Ici il fait 37 degrés tout l’année! Un bon kilomètre à pied pour rejoindre notre Airbnb depuis la station de bus suffit à nous liquéfier. On regretterait presque les 8 degrés de la chambre de Copacabana… Les sympathiques propriétaires du Airbnb nous laissent déposer nos sacs à dos en attendant que l’appartement soit prêt.

Le centre historique de la ville est classé à l’UNESCO. Nous avons hâte de le découvrir, mais avant, nous partons à la recherche d’un bon petit-déjeuner. La chaleur est assez étouffante mais la promenade au bord du fleuve Magdalena est plutôt agréable. Surprise, nous croisons de nombreux iguanes un peu partout : dans les manguiers, sur le bord du fleuve, sur les routes… Les filles sont super excitées de les observer. Ils adorent les mangues et nous aussi :), surtout celles qui tombent des arbres devant nous.



On s’installe au Comedor Costeño où l’on nous sert les traditionnels patacones (bananes plantains écrasées et frites) avec des œufs brouillés. Anto adore, le tout accompagné de bons jus de guanábana et de níspero. C’est épais, mousseux et goûteux, les filles en redemandent…
On nous accoste pour nous proposer un tour sur le fleuve Magdalena, un tour en tuk-tuk pour visiter la ville, nous vendre un jus de fruit, ou bien un livre sur l’histoire de Mompox…
« ¡A la orden! », expression que l’on entendra souvent et partout en Colombie, à traduire littéralement par « À votre service ». Les sollicitations touristiques sont très fréquentes en Colombie ; on s’habitue et c’est aussi l’occasion d’échanger et d’en savoir plus sur la ville. Mais pour cette fois, nous préférons parcourir la ville à pied et prendre notre temps pour admirer les façades coloniales, la ferronnerie des fenêtres et les ateliers d’artisans, mais aussi les magnifiques décorations intérieures des hôtels-boutiques de la ville dont on aperçoit les patios intérieurs végétalisés avec leur piscine, leurs hauts plafonds, leurs murs épais et leurs grilles d’artisanat. De toute beauté !

À l’époque coloniale espagnole, Mompox occupait une position stratégique majeure. Située à l’intérieur des terres sur le fleuve Magdalena, la ville était à l’abri des attaques de piraterie qui frappaient Cartagena de Indias. C’est ici que transitaient et s’entreposaient l’or, l’argent, les émeraudes et les marchandises taxées par la Couronne espagnole avant d’être expédiés vers l’Europe. Les demeures luxueuses appartenaient à l’élite du Vice-Royaume de la Nouvelle-Grenade : la haute noblesse et les marquis, les riches négociants en or et marchands, les gouverneurs et collecteurs d’impôts de la Couronne, ainsi que les héros de l’Indépendance. Le général Simón Bolívar a séjourné dans plusieurs de ces demeures lors de ses passages à Mompox (ville qui lui a fourni les troupes décisives pour libérer Caracas). C’est d’ailleurs à Mompox qu’il a prononcé sa célèbre phrase : « Si à Caracas je dois la vie, à Mompox je dois la gloire ».
11 août, nous continuons tranquillement la visite de la ville avec ses jolies places, l’église Saint-Augustin et son cloître, l’église de l’Immaculée-Conception, ainsi que la Maison de la Culture (ancien palais colonial du XVIIIe siècle) qui conserve des meubles anciens, des objets de la période coloniale et de l’Indépendance.
12 août, c’est l’anniversaire d’Anto et pour fêter cela, quoi de mieux qu’une bonne journée en bus direction les Caraïbes, pour rejoindre Santa Marta bien plus au nord. La télé de la station de bus, déjà allumée, diffuse un film d’action, et comme dirait Adèle : « On en a un peu marre des films violents dans les bus et ils ne sont pas drôles. » Alors, nous décidons de reprendre le contrôle de la situation et de mettre quelques épisodes de Petit Ours Brun. Rien de tel pour patienter en attendant le bus.
Mompox offre deux ambiances vraiment différentes. D’une part, la partie plus locale très active avec ses motos, ses gens qui flânent sur leur chaise sous un arbre en discutant ou en écoutant de la musique et, d’autre part, le centre historique plus touristique mais aussi beaucoup plus calme, car quand nous y étions, il y avait finalement assez peu de touristes.
Bye-bye Mompox, tu nous auras bien fait transpirer et émerveillés par ton architecture.


