« Si Caracas me donna la vie, Carthagène me donna la gloire », cette citation attribuée au « Libertador » Simón Bolívar témoigne de l’importance de la ville au début du XIXᵉ siècle.
C’est à Carthagène qu’il publie le célèbre Manifeste de Carthagène, où il analyse la chute du Venezuela et appelle à l’union des peuples. La ville lui confie un commandement officiel et des renforts.
Fort du soutien de Mompox et de Carthagène, il lance en 1813 la Campaña Admirable (la Campagne Admirable) qui lui permet de traverser les Andes, de libérer Caracas et de recevoir le titre de « Libertador ». Sans l’appui de ces villes, sa reconquête du Venezuela n’aurait pas été possible…
22 août, petite émotion car c’est le dernier bus de notre aventure pour rejoindre Carthagène des Indes depuis Santa Marta. Nous logeons hors du centre historique dans un quartier qui mélange de grandes tours de béton et ce qui ressemble à des favelas entourées d’immondices où se traînent quelques rats, en bord de mer, le charme des Caraïbes en somme. Nous sommes samedi soir, et c’est la fête ! Les enceintes des bars crachent leur son si fort que même du 22ème étage, on s’entend à peine parler. La musique s’arrêtera vers 4h30 du matin… la nuit ne sera pas reposante.

23 août, nous partons visiter le centre historique de la ville et ses murailles. C’est dimanche, et tout le monde s’est donné rendez-vous pour faire voler son cerf-volant, un super spectacle très impressionnant qui amuse les filles d’autant plus que certains sont très très hauts dans le ciel. Les ruelles pavées s’enchaînent sous une explosion de couleurs : des façades coloniales jaunes, bleues ou ocre, d’immenses balcons en bois sculpté croulant sous des bougainvilliers en fleurs.


Tout transpirants, nous perdons d’un coup 10 degrés en entrant dans le centre commercial climatisé de la Serrezuela et son arène spectaculaire. C’était à l’origine le Circo Teatro La Serrezuela, une arène/place de taureaux en bois inaugurée à la fin du XIXe siècle. Abandonné pendant des années, le lieu a été entièrement réhabilité et transformé en un centre commercial de luxe tout en reconstituant fidèlement la structure circulaire de l’arène. On en profite pour déguster les bonnes glaces de Crepes & Waffles avant de repartir visiter la ville. Le ciel s’est méchamment assombri et les orages d’après-midi font leur travail de lessivage des rues, une belle pluie chaude qui nous oblige à nous abriter et à prendre le temps d’observer la ville. On y croise même les palenqueras, ces femmes vêtues de leurs robes multicolores (aux couleurs de la Colombie) qui portent des corbeilles à fruits sur la tête.

Ces femmes sont originaires de San Basilio de Palenque, le premier village d’esclaves affranchis d’Amérique du Sud, situé à environ 50 km de Carthagène. Historiquement, elles marchaient jusqu’à Carthagène pour vendre des fruits frais transportés dans de grands bassins (poncheras) sur leur tête afin d’assurer l’indépendance financière de leur foyer. Elles sont devenues un symbole culturel fort de la résistance afro-colombienne et une icône indissociable du centre historique de la ville.

24 août, plage, château de sable, baignade, château de sable, baignade… sieste et soirée en ville où l’on a la chance d’assister à de jolies danses traditionnelles. Les rythmes et l’énergie qui s’en dégagent sont très impressionnants.

25 août, on profite de la matinée à la plage puis nous partons visiter le quartier de Getsemaní. C’est paraît-il l’âme populaire, bohème et artistique de Carthagène des Indes. On l’a trouvé très touristique au final. Situé juste à l’extérieur des remparts principaux de la vieille ville (mais faisant toujours partie du centre historique), ce quartier était autrefois le faubourg ouvrier et modeste où vivaient les marchands, les artisans et les esclaves affranchis. C’est d’ailleurs d’ici qu’est partie la première étincelle de l’Indépendance de la ville en 1811, sous l’impulsion du peuple !

En passant par la très animée Plaza de la Trinidad, nous entrons dans sa charmante église jaune du XVIIe siècle où se déroule la messe. Le prêtre porte un micro pour se faire entendre car les ventilateurs tournent à plein régime, tandis que dehors l’ambiance est très festive et conviviale. Des rappeurs de rue nous improvisent un rap sur le thème de l’Italie et ils sont plutôt bons ! La street food nous régale ainsi que les mojitos lulo et maracuyá ! Nous rentrerons passablement ivres de cette belle soirée.

26 août, nous partons de bon matin sous une chaleur bien humide explorer le Castillo de San Felipe de Barajas. C’est le monument militaire le plus imposant jamais construit par les Espagnols dans leurs colonies d’Amérique. Surnommé le « gardien » de Carthagène, c’est une véritable prouesse d’ingénierie qui domine la ville depuis la colline de San Lázaro. C’est une forteresse-bunker en pierre et en corail qui épouse les formes de la colline. Elle est célèbre pour avoir été le théâtre du siège de Carthagène en 1741. L’amiral britannique Edward Vernon a attaqué la ville avec une armée colossale (186 navires et près de 27 000 hommes). Face à lui, le général espagnol Blas de Lezo (surnommé Medio Hombre / « l’Homme-demi » car il avait perdu un œil, une jambe et un bras lors de batailles précédentes) a défendu la ville avec seulement 3 600 hommes et 6 navires depuis San Felipe. Grâce à l’impénétrabilité du fort et aux erreurs tactiques des Britanniques, les Espagnols ont remporté une victoire retentissante. Une statue de Blas de Lezo se dresse d’ailleurs au pied du château.

Nous faisons la visite de la forteresse qui offre de beaux points de vue sur la ville et allons dans les galeries souterraines faiblement éclairées qui ne plaisent guère à Amelia. De nombreux canons encore visibles laissent imaginer les combats d’artillerie qui devaient avoir lieu. Une sacrée boucherie !
Nous déjeunons ensuite au Café de la Mañana dans le centre historique qui sert de bons brunchs, des sandwichs, puis nous terminons l’après-midi sur la plage de la ville pour profiter une dernière fois de l’eau chaude des Caraïbes et de l’ambiance avec les locaux, les filles se font une nouvelle copine pendant que Linda tchatche avec une maman colombienne légèrement éméchée. Nous découvrons que sur ces plages, on n’hésite pas à ramener de grandes bouteilles d’alcool et à festoyer en famille jusqu’à la fin d’après-midi. C’est plutôt festif et bonne ambiance mais un peu déroutant pour nous.
27 août, 6h du matin, le réveil sonne, direction l’aéroport international Rafael Núñez pour notre premier vol à destination de Montréal durant lequel on aperçoit la Jamaïque, Cuba et les incroyables nuances de couleurs bleuâtres des Bahamas… les filles ont été adorables durant le vol. Des super voyageuses !

Dîner avec un délicieux et copieux sandwich à l’aéroport de Montréal. C’est assez étrange de réentendre tout le monde parler français et Adèle est très excitée à l’idée de raconter son voyage à d’autres enfants dans l’aire de jeu de l’aéroport.
21h30, l’A330 de la compagnie Transavia quitte le tarmac de Montréal-Trudeau. Je regarde ma famille sur les trois sièges de la rangée du milieu, le sourire aux lèvres, serein, rempli de gratitude pour cette magnifique parenthèse de vie ensemble. La nuit sera belle.


